Choeur du Léman


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Carlo Boller

Culture musicale > Compositeurs > Contemporains



Carlo BOLLER


Menton (France), lundi 4 mai 1896
Clarens (Vaud, CH), mercredi 23 janvier 1952


Carlo Boller

Né le 4 mai 1896 à Menton, Carlo Boller, de son vrai nom Charles-Henri, passera sa jeunesse à Montreux. Il aura pour parrain spirituel l'abbé Bernard Kolly, ami des arts et compagnon de l'abbé Joseph Bovet, et qui aura une grande influence sur sa destinée d'artiste. En 1906, Boller commence l'apprentissage du violon, avec Ladislas Gorski. Ce dernier appelle son élève Carlo, et le surnom resta.


En 1912, Boller joue comme soliste à Montreux avec l'orchestre du Kursaal, sous la direction d'Ernest Ansermet. Boller part à Paris pour y perfectionner son art, mais une crampe à la main gauche se transforme en une incurable crispation. Il doit alors se résoudre à donner une autre orientation à sa carrière.


Boller s'inscrit en 1924 à la Schola Cantorum de Paris, où Vincent d'Indy aura une grande influence sur lui. Il obtiendra le premier prix au concours de chef d'orchestre en 1928, et achèvera ses classes de composition en 1932.


De retour en Suisse, il prend la direction de nombreux chœurs et groupes vocaux, et consacre une grande partie de son temps à la composition. Les oeuvres musicales qui ont contribué à la réputation de Carlo Boller sont ses "festivals".


En 1935, il compose Images de mon pays, oratorio populaire pour soprano et baryton solo, récitant, choeur mixte et orchestre. Cette oeuvre est dédiée à Emile Jaques-Dalcroze avec lequel il avait plus d'affinités qu'avec Doret. En 1938, Boller dirige Hadès et Coré, sur un texte de René-Louis Piachaud, son poème chorégraphique pour choeur, soli, récitant et orchestre. La partie chorégraphique est assurée par Alexandre et Clotilde Sakharoff. Cet oratorio fut représenté les 1, 2 et 3 juillet 1938 à la Fête des Narcisses de Montreux.


En 1939, Boller achève la partition de son célèbre jeu musical, Pays du lac, sur un texte de Maurice Budry. Cette pièce en forme d'oratorio profane, fut créée lors de l'inauguration de la Salle des Remparts à la Tour-de-Peilz. Lorsque le compositeur signa cette suite chorale, il avait 43 ans; cette oeuvre connut un vif succès; elle fut ressentie comme pleine de fantaisie et surtout de jeunesse.


L'un des festivals également très populaire de Carlo Boller est sans doute la Pastorale gruérienne, une suite de chansons et de rondes qu'il a dédiées à son ami Bernard Kolly. Cette oeuvre fut donnée à l'occasion de la Fête cantonale fribourgeoise des costumes à Bulle en 1946 avec le Choeur mixte de cette ville qu'il dirigeait. Ce jeu musical a été créé dans sa forme originale scénique mais il peut être joué en oratorio de concert. C'est un patoisant fort estimé qui en avait signé les textes français et patois: Fernand Ruffieux. Ce dernier était le frère du Révérend Père Calixte Ruffieux, Capucin, avec lequel Boller a également collaboré.


Au plan musical, il a harmonisé de nombreux thèmes de toutes origines. On trouve, dans ses compositions comme dans ses arrangements, des mélodies de Bretagne, de Bourgogne, de Catalogne, de Charente, de Flandres, de Lorraine et de Provence ou des airs d'Amérique, d'Angleterre, d'Argentine, du Canada, du Danemark, d'Ecosse, d'Espagne, du Piémont, de Pologne, de Roumanie et de Tchécoslovaquie. Dans le domaine liturgique, il a été intéressé par les thèmes de la tradition russe en particulier. Pour la Suisse, des chansons de Gruyère, de l'Oberland Bernois, du Pays de Vaud, du Tessin et du Valais ont aussi retenu son attention.


Il faut donc savoir que Boller pour plusieurs de ses compositions a fait de larges emprunts aux mélodies populaires pour les sauvegarder et en faire bénéficier les nombreuses phalanges chorales qu'il a mises sur pied. Le Negro spirituel ne l'a pas laissé indifférent non plus; par contre, il n'y a aucune trace de musique de jazz ou de variété dans ses compositions. Carlo Boller est aussi connu par son célèbre choeur, "Le Vigneron monte d sa vigne", pourtant peu représentatif de son style. Ce choeur peut être cependant considéré comme un véritable fleuron de toutes les sociétés de chant helvétiques au même titre que "O Petit Pays" de Carlo Hemmerling ou "Terre jurassienne" de Paul Miche ou la "Prière du Rütli" de Gustave Doret ou "Le vieux chalet" de l'abbé Bovet. En revanche, si nous devions donner quelques choeurs très typiques de son écriture, nous pourrions citer "Agonie", "Les Femmes de chez nous", "Lisa", "Nostalgie" ou "Par un beau jour de Mai". Le dessin mélodique est court, net et rigoureux dans ces cinq choeurs qui témoignent de l'intelligence qu'il avait de la musique vocale.


Parmi les paroliers avec lesquels le musicien a beaucoup collaboré, on citera Géo-H. Blanc, Renée Dubois, Renée Durand, René-Louis Piachaud, Maurice Zermatten et surtout Maurice Budry. Boller est l'un des derniers chantres de Suisse romande a avoir mis en musique des textes sur la famille, le milieu pastoral, les traditions campagnardes, les fêtes religieuses et les métiers aujourd'hui devenus d'un autre âge (le crieur public, la fileuse, le chevrier, etc). L'écrivain valaisan Maurice Zermatten, à propos de Carlo Boller, note avec justesse: "sa musique, pour autant que j'en puisse juger, me paraît posséder les qualités de sa nature: elle est élégante, noble, gaie. Elle dit simplement mais avec distinction ce qu'elle veut dire. Elle n'a pas le poids de nos démarches paysannes quand bien même elle s'adresse le plus souvent à notre peuple ... ".


Zermatten a vraisemblablement très bien senti ce qui devait être dit du talent de Boller. Moins nostalgique et terrien que l'abbé Bovet, moins dramatique et savant que Gustave Doret, franc et spontané, il a marqué de son empreinte méditerranéenne le répertoire choral de sa génération. Il l'a d'ailleurs renouvelé et enrichi d'une note toute latine. Son catalogue rassemble plus de 400 compositions accessibles même à des chorales modestes.


Carlo Boller décède le 23 janvier 1952, à l'âge de 56 ans. Il repose au cimetière de Clarens. Près de 50 ans après sa mort, les mélodies de Carlo Boller figurent encore au programme des sociétés de chant. Dans leur simplicité et leur charme primesautier, elles connaissent le rare privilège d'être parfois considérées comme anonymes.


Bibliographie : Fond musical Carlo Boller - Bibliothèque cantonale et universitaire - Lausanne 1988


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