Menu principal:
Culture musicale > Compositeurs > Contemporains
Carlo HEMMERLING
Vevey (Vaud, CH), lundi 9 novembre 1903
Cully (Vaud, CH), mardi 3 octobre 1967
Né le 9 novembre 1903 à Vevey, Carlo Hemmerling fit ses études musicales au Conservatoire de Lausanne, chez Alexandre Denéréaz et R. Gayrhos, puis à l'Ecole normale de musique de Paris, où il travailla avec Paul Dukas.
Excellent organiste et improvisateur, Hemmerling devait cependant tout d'abord se faire un nom comme chef de chœur. Il fut rapidement reconnu et nommé à la tête de l'Union chorale de Vevey, ensemble avec lequel il a créé une grande partie de ses oeuvres et présenté de nombreux concerts avec orchestre d'une haute tenue artistique. Directeur de la Chorale de Bienne puis chef de l'Union chorale de Lausanne, il dirigea également le Choeur de dames du Conservatoire de Lausanne et le Choeur universitaire. En 1957, il prit la direction du Conservatoire de Lausanne et, dès 1960, présida aux destinées de la SUISA. Il présida également la Société cantonale des chanteurs vaudois et fut un membre très actif et apprécié de la Commission de musique de la Société Fédérale de Chant ainsi que du Conseil du Conservatoire de Lausanne.
Compositeur fécond, il laisse une symphonie, une suite pour violon et orchestre, une suite cullerane pour orchestre à cordes, deux quatuors à cordes, une sonate pour violon et piano, six variations sur le Vivat ainsi que de nombreuses musiques de film (Santorin, Richesse de la 'Terre, Une OEuvre, un Peuple, Manouche, Les Trois Cloches, etc.) et de scène (La Voile de Feu, Polyphème, Il ne faut jurer de rien, Le Galant Barbe-Bleue, Via Mala). Mais c'est surtout dans le domaine choral que Carlo Hemmerling excella : un nombre impressionnant de choeurs a cappella et plusieurs grandes fresques chorales avec orchestre et solistes, dont la partition de la Fête des vignerons de 1955 est la plus importante, témoignent de sa capacité de transposer musicalement des thèmes ayant trait à la vie de tous les jours des habitants de notre pays.
Citons pour l'exemple trois grandes oeuvres de circonstance, conçues pour solistes, choeurs et orchestre : Rives bleues (Nyon 1947), Le Chant des Noces (Lausanne 1953) et La Fête des Vignerons (Vevey 1955). Le livret et les poèmes de ces trois solides fresques chorales dédiées à notre pays et à ses traditions vigneronnes et campagnardes ont tous trois été écrits par Géo H. Blanc, Veveysan lui aussi.
Rives bleues - Composée pour soli, choeur et petit orchestre (quintette à cordes, deux flûtes, deux hautbois, deux clarinettes, deux bassons, deux cors, deux trompettes, deux trombones, timbales, cymbales). Sorte de préfiguration de la future Fête des vignerons, l'oeuvre traite des différents aspects des pays riverains et des travaux de leurs habitants au gré des saisons. Très caractéristique de la part d'Hemmerling, la façon de conduire les quatre voix mixtes deux par deux, sorte de dualité entre les voix féminines et masculines, l'intervalle entre les ténors et les alti dépassant souvent l'octave. Les voix sont d'ailleurs à plusieurs reprises très espacées, ce qui donne beaucoup d'ampleur et de mouvement au discours musical mais occasionne de sérieuses difficultés aux chanteurs de l'ensemble choral
Le Chant des Noces - Cet oratorio populaire prend pour prétexte une noce villageoise et en décrit les différentes phases : Julia, fille sage, la fiancée, est d'abord présentée, puis on passe à une truculente Sérénade au Fiancé, lequel quitte ses amis pour entrer dans la vie conjugale, à une Visite à la Fiancée pour voix égales aboutissant au Contrat de Mariage et à la Noce proprement dite, où deux pistons, un bugle et une contrebasse entraînent les couples dans une valse effrénée qui termine cette première partie. Musicalement parlant, nous y relève la bienfacture de l'orchestration et certaines hardiesses d'écriture habilement exposées, la liberté de la conduite des voix instrumentales par rapport au choeur, quelques formules harmoniques rappelant Wagner ou Puccini et une prédilection marquée pour les accords de quartes et sixtes se déplaçant parallèlement dans les trois voix supérieures avec une basse en mouvement contraire. Remarquons à cette occasion que Carlo Hemmerling donne toujours sa pleine mesure dans les soli ou les pièces orchestrales, redevenant plus accessible dans les choeurs, l'expérience lui ayant appris à composer en fonction directe de la capacité des interprètes.
La Fête des Vignerons - La tournure des oeuvres précédentes de Carlo Hemmerling le désignait tout naturellement à prendre la succession de Gustave Doret dans la lourde tâche consistant à renouveler par la musique un spectacle au cadre immuable. Ecrite pour le plein air, largement bâtie sur des thèmes éminemment populaires, audacieuse parfois dans ses conceptions modernes, nerveuse par ses rythmes fermement dessinés et permettant les évolutions précises de quelque trois mille exécutants, la musique de Carlo Hemmerling fut une révélation pour ceux qui surent juger en dehors d'idées préconçues et de partis pris. Depuis les fanfares initiales jusqu'à la Farandole générale, tout y respire la santé et la joie de vivre. Monumentale, la Fête des vignerons de 1955 restera la consécration d'un compositeur fortement attaché à son coin de terre.
Parmi les choeurs a cappella, citons le très célèbre 0 Petit Pays! sur un texte de Gonzague de Reynold, puis encore le Don Quichotte et Sancho Pança, petite merveille pour quatre voix mixtes a cappella imposée au concours de Montreux en 1950, Une Maison, aux tonalités capricieuses et inattendues, et quelques pièces d'un genre plus facile, toujours amusantes à entendre: Mie Guillerette, En marchant au Pas, La Chasse est ouverte et Le Bon Syndic.
Inutile d'ailleurs de tout vouloir énumérer, mais citons encore trois grands choeurs d'hommes où Hemmerling a certainement mis le meilleur de lui-même: quelle saveur et quelle audace dans cette admirable interprétation sonore du beau texte de Charles Péguy, Heureux ceux qui sont morts, et que de tendresse dans la sonorité voilée de la pièce intitulée Léman sur un texte de Géo H. Blanc. Difficiles, ces oeuvres réclament un immense effort de la part des chanteurs, et on en donnera pour preuve l'écriture dense et serrée, voire ardue, d'une des dernières oeuvres d'Hemmerling, Arbre bruyant comme une Ville, dernier volet du triptyque composé sur des poèmes de Gonzague de Reynold pour le concours fribourgeois de 1955. Franches dans leurs contours, les oeuvres chorales de Carlo Hemmerling ne sont jamais faciles, même si elles sont d'essence populaire. Compréhensibles pour l'auditeur, elles se refusent à l'abstraction, mais ne cherchent pas à flatter le mauvais goût par des formules consacrées. Rudes et belles comme certains meubles paysans, elles sont lourdes à porter et ne prennent de la valeur qu'en fonction de l'amour qu'on leur témoigne: " Mais au moins sait-elle, Rosa, fleur des chants, qu'elle est aussi belle ?... Elle n'a pas le temps... " Cette citation, extraite du Chant des Noces et concernant la fille de ferme, s'applique admirablement à la musique de Carlo Hemmerling, dont la principale qualité, comme celle de toute expression artistique échappant aux caprices des salons, est de ne pas avoir la prétention de se plaire à elle-même.
D'un physique robuste, Carlo Hemmerling semblait être bâti pour l'éternité. Cependant, attaqué par un mal sournois, le compositeuir, qui ne se départit pas un seul instant de la foi sereine qui l'avait accompagné tout au long de sa généreuse carrière, s'est éteint le 3 octobre 1967, dans sa belle demeure de Cully, sur les bords du Léman.
D'après Paul-André Gaillard
Source : www.choeur.ch