Menu principal:
Culture musicale > Oeuvres
LA NIQUE A SATAN
1930-1931, spectacle populaire pour soprano et baryton, choeurs d'hommes, de femmes et d'enfants, instruments à vent, batterie, 2 pianos et contrebasse
Livret : Albert Rudhardt
Musique : Franck Martin
Quand Frank Martin fait «La nique à Satan»
Né à Genève en 1890, Frank Martin a composé dès son plus jeune âge. De 1908 à 1974, date de sa disparition, il touche à tous les genres. Plutôt sérieux, voire austère, il sait aussi rire et s'amuser. Son humour peut se révéler caustique, comme avec La nique à Satan. Mis en route en 1928, terminé quatre ans plus tard, ce spectacle populaire date du premier Martin. Celui d'avant le Vin herbé (1938-1941) qui raconte Tristan et Yseut à partir de la version de Joseph Bédier, et en tout cas bien avant la Petite symphonie concertante qui lance réellement, en 1945, le compositeur sur le plan international.Un conte de nourriceLa nique à Satan est-elle une pièce pour enfants? «Oui, répondait le compositeur, sans doute, en un sens: c'est un conte de nourrice; on y voit des démons, une sorcière, et des enfants qui, par leur entrain et leur courage, en viennent à bout.» Et de s'interroger quant aux adultes: «Pour les adultes, déclarait-il, il y a la satire aiguë des hommes tels que nous les connaissons: les beaux esprits, fiers de leurs richesses et de leurs beaux discours, mais incapables d'une décision; les bons garçons, bons travailleurs, allant droit au but, mais prompts au découragement. (...) La Bergougne, la sorcière, a facilement raison des uns et des autres.»Frank Martin fait montre dans cette partition d'un grand savoir-faire, mêlant le langage de la foire, les chansons populaires, le fox-trot, une valse aux accents rappelant Gershwin. Ou superposant même le Dies Irae de la messe des morts à J'ai vu le loup... Le comique se traduit encore par l'emploi des instruments. Côté beaux esprits, le basson parle pour le bavard; le tuba pour le bègue. «La musique, ajoutait le compositeur, s'y amuse à singer leurs tics, comme elle s'amuse à dépeindre un grave concile de démons ou l'euphorie d'une petite ville en fête, où carrousels et fanfares s'entremêlent leurs flonsflons.»Mais que l'on ne s'y trompe pas: au-delà du comique, le grave a néanmoins sa place. La nique à Satan va au-delà d'une simple pièce pour rire - même si l'on y rit beaucoup et de bon coeur. Elle contient sans doute une morale départageant le bien et le mal. Seulement, tout cela est dit avec la plus profonde des légèretés.
Source : archives Tribune de Genève 1998